Dix-neuf ans après la visite de Juan Carlos Ier, la ville de Sebta occupée accueille de nouveau un souverain espagnol. Felipe VI et la reine Letizia sont arrivés ce mardi dans l’enclave, où plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dès les premières heures de la journée pour assister à leur venue.
Drapeaux espagnols, slogans et applaudissements ont accompagné l’arrivée du couple royal dans les principales artères situées autour du parcours officiel. Felipe VI a quitté son cortège pour aller au contact de la foule, serrant des mains et échangeant quelques mots avec plusieurs habitants massés derrière les barrières de sécurité.
La séquence, abondamment relayée par les médias espagnols, dépasse toutefois le seul cadre protocolaire. Sebta est administrée par l’Espagne, qui la considère comme partie intégrante de son territoire, tandis que le Maroc conteste cette souveraineté et considère la ville comme occupée. Dans ce contexte, chaque déplacement royal dans l’enclave revêt nécessairement une dimension politique et diplomatique.
Une première depuis la crise de 2007
La dernière visite d’un souverain espagnol à Sebta remontait à novembre 2007. Juan Carlos Ier et la reine Sofía s’étaient alors rendus dans la ville, provoquant une vive réaction de Rabat. Le Maroc avait rappelé son ambassadeur à Madrid, considérant le déplacement comme une initiative portant atteinte à ses revendications territoriales.
La crise avait alors fortement tendu les relations entre les deux pays et nécessité plusieurs mois d’efforts diplomatiques avant le retour à une situation plus apaisée.
Le déplacement de Felipe VI intervient aujourd’hui dans un contexte bilatéral différent, marqué par une coopération renforcée entre Rabat et Madrid sur plusieurs dossiers. Sa portée reste néanmoins considérable : il s’agit de la première visite du souverain espagnol à Sebta depuis son accession au trône et du premier déplacement royal dans la ville depuis près de deux décennies.
Un message politique adressé depuis Sebta
Pour les autorités espagnoles, cette visite constitue également une manière de réaffirmer l’intégration de Sebta au cadre institutionnel espagnol. Le déplacement intervient après plusieurs épisodes de pression migratoire autour de l’enclave, qui ont replacé la ville au centre du débat politique en Espagne.
La présence de Felipe VI intervient ainsi à la croisée de plusieurs enjeux : souveraineté, gestion des frontières, immigration et politique intérieure espagnole. Sebta et Melilla demeurent régulièrement utilisées dans le débat partisan en Espagne, notamment lorsqu’il est question des relations avec le Maroc et de la sécurité des frontières.
Madrid considère les deux villes comme espagnoles et européennes. Rabat maintient, pour sa part, une position différente sur leur statut et considère Sebta et Melilla comme des territoires occupés.
Une séquence scrutée à Rabat
La visite intervient alors que les relations maroco-espagnoles connaissent depuis plusieurs années une phase de rapprochement, portée par une coopération sécuritaire, économique et migratoire renforcée. Les deux pays ont multiplié les consultations et les accords dans plusieurs domaines, donnant à leur partenariat une dimension stratégique.
Le déplacement royal à Sebta occupée remet néanmoins sur le devant de la scène l’un des dossiers historiques qui continuent de séparer les deux capitales. Contrairement à 2007, aucune réaction diplomatique d’une ampleur comparable n’avait été annoncée dans les premières heures de la visite.
Cette absence de réaction immédiate ne retire rien à la portée du déplacement. Pour Madrid, la présence du roi constitue un signal institutionnel fort. Pour Rabat, elle touche à une question de souveraineté qui reste sensible dans la relation bilatérale.
Dix-neuf ans après la crise déclenchée par la visite de Juan Carlos Ier, le retour d’un souverain espagnol dans la ville de Sebta occupée constitue ainsi un nouveau test pour la relation entre les deux voisins. L’enjeu sera désormais de voir si cette séquence restera cantonnée au registre symbolique ou si elle provoquera une réaction officielle du Maroc.


